Pourquoi les systèmes alimentaires peuvent guider une stratégie territoriale ?

Pourquoi les systèmes alimentaires peuvent guider une stratégie territoriale ?

Au cours des quatre dernières décennies, l’offre alimentaire s’est transformée de façon radicale: les aliments sont devenus des produits de consommation et les hommes des consommateurs. Sur de nombreux territoires, une industrie agro-alimentaire de plus en plus complexe s’est développée, opérant une transformation croissante des produits agricoles et des produits alimentaires.

Ce processus, qui avait eu lieu à la fin  du XIXème siècle aux États-Unis, s’est produit plus tard et plus graduellement en Europe, avec une accélération considérable à partir des années soixante. Dans les dernières décennies, de très importants efforts ont été réalisés pour l'amélioration des variétés des plantes cultivées ou des races des animaux d'élevage. Dans l'immense majorité des cas, ces efforts ont visé à améliorer les rendements des productions agricoles, la conservation, la  transportabilité ou encore la valeur technologique des produits.

Les flux alimentaires actuels ont été imaginés en fonction de l’organisation de l’espace et du zonage des activités.

A l’échelle d’un territoire, la localisation des activités (industrielles, agricoles, commerciales…) ne sont pas le fruit du hasard. Pendant longtemps, elles ont été dictées par la nature et la topographie de nos territoires mais ce n’est plus le cas.

Aujourd’hui, l’évolution technologique, les produits techniques ainsi que les mécanismes de marché structurent encore beaucoup la localisation des activités. Cela doit guider la stratégie future de nos systèmes alimentaires.

En définitive, la manière dont les activités sont allouées entre les territoires influence les « performances » économiques, environnementales et sociales.

C’est un point important en matière de définition d’un projet alimentaire de territoire car cela va influencer les modes d’action publique sur le long terme (politiques agricoles, systèmes alimentaires, politiques environnementales et stratégies de santé publique.)

Tous les jours, nous en découvrons désormais les impacts négatifs : hausse des pathologies chroniques, obésité des jeunes enfants, hausse des emballages plastiques, hausse des prix des produits bio venant d’Amérique du sud, de Nouvelle-Zélande ou d’ailleurs. Ces constats mettent en évidence le caractère indispensable, mais également complexe de l’information et de l’éducation nutritionnelle, et plus largement de l’éducation, qui doivent permettre au consommateur d’être responsabilisé vis-à-vis de sa consommation alimentaire et d’exercer ses choix  dans les meilleures conditions.

C’est ici que réside tout l’enjeu des futurs Projets Alimentaires de Territoires. L'approche reste cependant complexe dans sa réalisation, tant les intérêts (économiques, sanitaires et sociaux) sont parfois éloignés à l'échelle d'un même territoire. Le débat est essentiel. Il demande à être organisé, planifié pour s'organiser dans les meilleurs conditions. Une seule ambition: améliorer la santé des populations et la capacité à générer un "bien-vivre" ensemble. Les mots sont parfois pompeux mais ici, ils doivent s'appréhender dans la qualité du dialogue et la capacité des acteurs à  s'écouter pour mieux prendre en compte les obstacles présents mais parfois peu visibles.

Avec les apports de la recherche scientifique, nous le savons désormais. Le risque de développer des maladies chroniques peut être réduit à tout âge, il est recommandé à tous, quel que soit l’âge, de manger sainement, de surveiller son poids et de faire de l’exercice. Une question se pose alors : Comment nos choix politiques peuvent-il contribuer à adopter, à encourager, un système alimentaire favorable à la santé et à l’environnement?

Le paradigme du développement durable et la prise de conscience écologique poussent les territoires à porter un nouveau regard sur leur alimentation et à apprehender le développement territorial en prenant en compte un large ensemble de determinants : l’adaptation au changement climatique, la preservation de l’environnement, les liens entre espaces ruraux et urbains, la nutrition, la santé, etc.

Or toutes ces activités implique une diversité de parties prenantes et il ne s’agit pas de proposer la solution la plus efficace pour chacun mais la plus adaptée à l’ensemble des acteurs.

Les français comment en moyenne 2,4 kg d’aliments chaque jour (dont 50% de boissons); cela signifie à terme, importer quotidiennement 240 000 kg pour nourrir une aire urbaine de 100 000 habitants.

D’où l’importance de diversifier les sources d’approvisionnement (local et global). Comment alors se donner les moyens de développer des filières locales ? Quelles sont les régulations locales à adopter ? Doit-on imposer les types d’usage des sols pour chaque hectares ? Quels sont les modes de contractualisation à encourager auprès des agriculteurs ? Doit-on imaginer des modes régulation publiques locales ?

La question à se poser est la suivante : Peut-on penser collectivement un modèle afin que la distribution de la production agricole soit en cohérence avec la distribution urbaine, soit la répartition des habitants sur nos territoires?

Les collectivités territoriales ont un rôle très important à jouer. Le Projet Alimentaire Territorial doit jouer ce fil rouge dans les prochaines années. Les modes de restauration collective vont être requestionner. Cela doit-il aussi impacter la politique de l’eau ? Les coûts relatifs en matière de dépollution de l’eau ne sont pas négligeables. Le changement des pratiques agricoles peut-il aussi constituer un levier en la matière ? Autre point important, comment les consommateurs peuvent-ils valoriser les produits locaux ? Des travaux récents  mettent en évidence que les pratiques évoluent rapidement vers un attachement important aux produits locaux. Encore faut-il que les prix puissent rester accessibles aux populations les plus fragiles...

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