Pour un urbanisme plus favorable à la santé : des préoccupations renforcées dans le contexte de crise sanitaire

Pour un urbanisme plus favorable à la santé :  des préoccupations renforcées dans le contexte de crise sanitaire

A NovaScopia, nous investissons maintenant depuis 5 ans la question des liens entre santé et urbanisme / aménagement / environnement. Nous accompagnons les parties prenantes de nombreux territoires, aussi bien urbains que ruraux, dans le cadre du renouvellement urbain ou de projets "Coeur de Ville", pour engager des projets d'Urbanisme Favorable à la Santé ou anticiper à travers des EIS les impacts futurs sur la santé des politiques publiques locales.

La crise sanitaire liée au Covid-19 a mis un coup de projecteur, hélas parfois avec une lumière crue, sur l'importance de ces enjeux. Dans les prochains mois, nous nous attacherons à en tirer quelques enseignements ; voici des premières réflexions...

 
La question de la santé a été un déterminant majeur dans la naissance de l’urbanisme. Le courant hygiéniste a largement structuré le développement des villes au XIXème siècle. La crise sanitaire que nous traversons est une opportunité pour relancer l’intérêt non pas d’un aménagement hygiéniste mais bien d’une approche de la santé plus globale qui se veut socio-écologique, à travers des démarches d’urbanisme favorable à la santé. L’OMS définit l’Urbanisme Favorable à la Santé en ces termes : « un type d’urbanisme favorable à la santé implique des aménagements qui tendent à promouvoir la santé et le bien-être des populations tout en respectant les trois piliers du développement durable. Il porte également les valeurs d’égalité, de coopération intersectorielle et de participation, valeurs clés de la politique de l’OMS « la santé pour tous » .
 
Dans ce contexte de crise sanitaire, trois points semblent inviter à développer un urbanisme plus favorable à la santé.
 
  1. La santé humaine s'appréhende en lien avec celle de la planète [1]
Aujourd’hui, le contexte épidémiologique est marqué par l’émergence d’un virus dont la propagation a été aggravée par la dérégulation des écosystèmes naturels.[2] Il faut rappeler que plus des deux tiers des maladies émergentes sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies dont le réservoir de l’agent infectieux est un animal sauvage. En détruisant et réduisant les habitats naturels (déforestation, urbanisation…), l’action de l’homme favorise une plus grande proximité entre les espèces et le contact avec des agents infectieux.
 
Adaptation au changement climatique, santé, préservation des ressources et des espèces sont donc les faces d’un même défi : bâtir un environnement urbain soucieux des impacts sur la planète et sur les êtres qui l’habitent.
 
2. ​Le confinement, miroir des inégalités sociales et territoriales de santé
 
Si l’on sait déjà que les inégalités sociales se répercutent très fortement dans le domaine de la santé, plusieurs indices sociologiques et épidémiologiques tendent à montrer que les quartiers et populations défavorisés seraient plus sévèrement touchés par la crise sanitaire[3].
 
Et ce pour plusieurs raisons, exacerbées ou dévoilées par l’épidémie :
  • La surexposition des populations défavorisées aux maladies chroniques.
Maladies cardio-vasculaires et respiratoires, obésité, diabète, souffrances mentales... ; des pathologies typiquement urbaines liées à nos conditions et modes de vie (sédentarité, précarité, exposition aux pollutions…). Elles représentent autant de facteurs aggravants qui fragilisent la réponse du système immunitaire face aux maladies infectieuses. Les risques de comorbidités sont dès lors nettement plus élevés dans les milieux défavorisés.
  • L'éloigement de l'offre de soins
Le moindre recours aux soins constatés dans les quartiers défavorisés (et par là même un défaut d’information et de prévention face au virus) est directement lié à la raréfaction de l’offre de soin. L’apparition de « déserts médicaux », éloigne considérablement les populations fragiles du système de soins et nous invite à repenser les parcours d’accès aux soins et les conditions d’installation des nouvelles générations de professionnels de santé.
Ainsi, dans le développement des maisons, pôles et centres de santé il doit y avoir, au de-là du projet immobilier, un projet de santé partagé et élaboré entre l’ensemble des professionnels concernés. Sans cela, l’écueil – hélas souvent constaté – est de créer des coquilles vides desquelles émergent des difficultés de coordination interne ou encore d’accessibilité à l’offre de soins.
  • La privation du contact avec la nature
Le confinement de la population est propice à la nature qui s’immisce un peu partout dans les espaces publics. Il peut en revanche être particulièrement difficile à vivre pour les habitants des quartiers, enfermés – parfois seuls – dans des espaces domestiques étriqués et privés d’accès aux espaces verts.
Cela nous rappelle combien nous sommes attachées aux espaces naturels proches de chez nous. Ressources précieuses pour la biodiversité et l’adaptation au changement climatique des villes, ce sont aussi des lieux très bénéfiques pour notre bien-être et notre santé mentale[4]. La privation de ce contact liée au confinement peut être une source de souffrances voire de désordres psychiques.
 
Si ce temps inédit de confinement témoigne d’un besoin d’accéder plus facilement à la nature[5], il devrait inciter à penser un projet qui puisse offrir des espaces d’aération, de promenade et de récréation indispensables au bien-être individuel et social, et ce quel que soit le contexte.
Le confinement impose en effet une réflexion sur la dimension de proximité et l’échelle du quotidien dans l’aménagement ; le quartier que l’on peut parcourir à pied, la disponibilité des espaces verts et lieux d’exercice physique accessibles dans un rayon proche.
  • Les conditions de logement
Des appartements sans prolongement extérieurs, exigus, bien souvent suroccupés, sans possibilité d’échappatoire en l'absence de communs vivants au sein de l'immeuble…  autant de facteurs susceptibles d'exposer davantage la population aux problèmes de santé. Privés de square et de cour de récréation, les enfants en sont les premières victimes avec comme pire conséquence, l’augmentation des violences domestiques[6].
 
L’expérience individuelle et collective du confinement interpelle de fait la manière d’aborder les enjeux de santé dans le cadre de la concertation avec les habitants des quartiers en renouvellement urbain. Le besoin « vital » d’espaces extérieurs, les souffrances liées à l’isolement et l’enfermement, sont autant de clés pour favoriser l’expression des publics vulnérables, sur la base du ressenti.
 
 
Vers de nouvelles manières d'aborder l'espace public
 
Le processus de déconfinement ne met pas fin à la crise ; Il introduit de nouvelles formes d’aborder l’espace public. Il est susceptible d’installer dans la durée de nouvelles habitudes de travail, de déplacement, de formes d’interactions sociales, qui invitent aussi à repenser les politiques publiques tenant compte de :
  • La distanciation physique comme nouvelle dimension de la proximité entre citadins / nouvelle mesure pour définir des espaces publics vivants.
  • Le déploiement accéléré des infrastructures de mobilité active (plans vélos, …) / mais aussi la réponse à de nouvelles formes « d’immobilité » liées aux pratiques de travail à distance.
  • La baisse de fréquentation dans les transports en commun / un regain d’intérêt pour la voiture individuelle : dimensionnement des TC, priorisation des dessertes et des publics, péages urbains…
 
 
 [1] article de Philippe Grandcolas dans The Conversation France https://lnkd.in/gxAdy6m
 
[2] https://www.marianne.net/societe/coronavirus-la-disparition-du-monde-sauvage-facilite-les-epidemies
 
 
 
 
[6] Augmentation de 20 % des appels pour violences sur enfants constatée après trois semaines de confinement en France - Secrétaire d’État à la protection de l’enfance, 9 avril 2020.
Top